LA REPLIQUE
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LABORATOIRE D'ARTS VIVANTS - Incarner une idée - Albert Camus
Lundi, 29 Avril 2019 - Mercredi, 01 Mai 2019
Laboratoires
 

Description

LABO D'ARTS VIVANTS - Incarner une idée - Albert Camus

Du 29 avril au 1er mai, de 9h30 à 17h (de 9h30 à 12h30 le 1er mai) au Théâtre Transversal, Avignon

Avec Rachel Verdonck

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Comme il en était déjà question lors de mon premier laboratoire, il s’agira toujours de comprendre ensemble comment redonner à la pensée philosophique une dimension intuitive, émotionnelle et sensitive.

Il s’agira pour l’acteur de s’attaquer à ces pensées d’auteur, et de travailler, avec moi, à les « incarner », leur donner chair, et de les faire vivre. L’acteur viendra avec son propre bagage d’acteur ou artistique en général, et devra mettre ses propres moyens de jeu au service de ce travail, dans le but de se connecter le plus fort possible avec les thématiques philosophiques dégagées par les textes choisis. Je cherche, avec vous, ma propre méthode de répétition, mes propres moyens de théoriser ma pratique théâtrale dans le but d’étudier le processus de travail d’un projet en cours.

 

Parler « Camus » comme on parle du monde, parler de soi comme Camus parle du monde, adopter le langage de Camus et d’autres théoriciens comme le sien propre – porter au plateau laquestion chère à l’acteur : qui parle ? Autrement dit – Qui suis-je ? Par le biais de l’œuvre d’Albert Camus, il sera question, pour l’acteur, de trouver de réelles connexions via des analogies personnelles et/ou par l’imbrication d’autres textes, et autres modes narratifs qui lui soient chers, afin de rendre aux textes théoriques une dimension émotionnelle la plus juste et forte possible. J’inclus volontiers le travail des chanteurs et danseurs, afin d’explorer toutes les pistes de connexion possibles entre un texte théorique et le corps – la chair – du comédien. Incarner une idée (in-carne), c’est bien donner au corps en entier, la chance de parler.

LA RENCONTRE AVEC UN AUTEUR
Bien souvent, un auteur trouve les mots que nous n’avions jamais trouvés pour dire quelque chose à propos du monde qui nous entoure. Et ce sont bien souvent ces mots-là, si « bien choisis », si proches de notre pensée, qui nous donne l’envie de ré-agir : on ressent alors le besoin de les incarner, autrement dit « d’activer » l’idée tout juste comprise, de la rendre concrète aux yeux des autres. Cette rencontre lecteur-auteur a bien eu lieu pour moi, il y environ 3 ans, avec Albert Camus, lorsque je travaillais sur la création du Malentendu. J’ai alors lu quelques-unes de ses œuvres théoriques pour mieux comprendre la direction philosophique de ce texte théâtral (notamment, à l’époque : Le mythe de Sisyphe, L’Homme révolté et L’envers et l’endroit).

LE SYMBOLE DE PROMÉTHÉE
Depuis j’ai eu envie d’en lire d’autres, et j’ai re-découvert, à la lumière de l’Eté, le mythe de Prométhée qui m’a particulièrement interpelé. Et voici comment Platon, dans Protagoras, décrit la naissance de ce mythe : « L'espèce humaine restait donc dépourvue de tout, et il ne savait quel parti prendre à son égard. Dans cet embarras, Prométhée survint pour jeter un coup d'œil sur la distribution. Il trouva que les autres animaux étaient partagés avec beaucoup de sagesse, mais que l'homme était nu, sans chaussure, sans vêtements, sans défense. »
Prométhée, face à l’injustice première faite à l’animal-humain, choisit de l’aider. Il se révolte contre la condition d’homme, et lui permet, par le biais du don du feu, d’accéder à la technique, et lui ouvre ainsi la voie du progrès. L’homme a alors deux possibilités : progresser dans le respect des lois naturelles, ou profiter pleinement de ce don, sans se soucier des conséquences ni des dérives possibles et basculer dans l’excès… Au plateau, Prométhée est cette figure qui va nous permettre de faire le lien entre « moi » (l’acteur qui parle) et l’idée que je cherche à dire (autrement dit, celle de l’auteur). Il est la figure de la révolte, qui lutte, tout en supposant un non-sens terrible à son combat, mais ne désespère pas. Je partirai du postulat que nous sommes tous des Prométhée en puissance, rêvant de changer le monde, et de donner sa chance à l’humanité.

LE PERSONNAGE
Le personnage – Caligula dans Caligula, Martha dans Le Malentendu, Stepan et Kaliayev dans Les Justes – qui, par son côté excessif voire extrémiste, devient alors un « outil », celui qui permet d’explorer une idée dans tout qu’elle peut avoir d’absolue. De par sa concrétude, et son côté parfois dictatorial, les personnages vont nous servir à appréhender une idée dans tout ce qu’elle peut avoir d’extrême si on l’a met à exécution. J’aime à dire que ce que réalise un personnage, c’est ce que nous pourrions faire les jours où nous avons envie de hurler que quelque chose ne tourne vraiment pas rond, et où nous ressentons intensément l’urgence d’agir.

L’ACTEUR
L’acteur, selon moi, n’est pas un universitaire, mais il peut être un intellectuel « actif ». Il réfléchit et agit. Il pense, regarde le monde, et lui répond. Il est un ré-acteur, il ré-agit au monde. Et pour agir, les comédiens ont choisi la voie du théâtre afin de parler du monde qui les entoure, et témoigner aussi d’un réel sentiment d’impuissance - car le théâtre, évidemment, ne peut pas tout. Nous nous appliquons, néanmoins, à faire notre part du colibri, via l’outil-théâtre que nous avons choisi.

QUI SUIS-JE ? QUI PARLE ?
Je cherche à provoquer un trouble : celui de ne plus savoir qui est en train de dire quelque chose : l’acteur est-il en train d’incarner un personnage ? C’est l’acteur lui-même qui parle ? Qu’est-ce que j’entends : du Camus, des analogies personnelles, une fiction, des textes d’unautre auteur ? C’est par ce travail sur l’œuvre de Camus, que je souhaite questionner le processus théâtral. Lorsque je joue, je donne à voir mon corps, ma voix, et à travers moi les mots d’un auteur, parfois même les traits d’un personnage. Qui suis-je ? Un peu tout à la fois. Acteur, auteur, penseur, citoyen, humain.

 


 

Rachel Verdonck

"En 2010, j’obtiens mon Diplôme d’Etat d’Architecte. Je me spécialise dans la scénographie et dans le logement social. J’ai travaillé en stage aux côtés de Guy-Claude François, scénographe, et j’ai été chef de projet dans une société immobilière d’économie mixte de la ville de Paris. En 2011 j’intègre la promotion Jon Fosse du Théâtre des Ateliers d’Aix en Provence (cie d’Entrainement). 2012, j’entre en cycle professionnel au conservatoire d’Avignon, sous la direction de Jean Yves Picq. S’en suit une longue collaboration artistique avec Cyril Cotinaut pour lequel j’effectue les scénographies de ses spectacles, et pour lesquels je suis assistante à la mise en scène et comédienne. Cela fait maintenant 5 ans que je travaille avec la méthode russe initiée par Anatoli Vassiliev dite « de l’Etude » ou de « l’Analyse-Action » via la compagnie."

 


 

Théâtre Transversal
10 rue Amphoux
84000 Avignon